La semaine dernière, la condamnation de Greenpeace à verser plus de 665 millions de dollars au groupe américain Energy Transfer, l’exploitant d’un oléoduc du Dakota du Nord contre lequel l’ONG avait manifesté, a produit l’effet d’un électrochoc. Pour Brian Hauss, avocat à l’Union américaine pour les libertés civiles, ce procès est une façon de “taxer [certaines] prises de parole” et de rendre trop coûteux le fait de critiquer “des entreprises procédurières et influentes”, explique-t-il au Guardian.

Bien sûr, l’ONG a déclaré qu’elle ferait appel. “Ce n’est pas une question d’argent pour [Energy Transfer]”, assure Sushma Raman, directrice de Greenpeace USA. Son directeur général, Kelcy Warren, a financé les campagnes de Donald Trump au fil des ans, fait don de millions de dollars à des groupes pro-Trump et intenté plusieurs actions en justice contre des opposants aux projets de pipeline d’Energy Transfer. “Le véritable objectif, c’est d’envoyer un message et de museler une organisation jugée hostile”, insiste Sushma Raman.

La portée de ce message va bien au-delà de Greenpeace et des actions que peuvent mener sur le terrain des organisations ayant pignon sur rue. Ce que l’on doit comprendre, résume sur le site Climate Home News Anne Jellema, directrice générale de l’ONG 350.org, c’est que “les entreprises polluantes peuvent se servir des tribunaux comme d’outils de répression pour faire taire les oppositions”. Elle juge ces usages “particulièrement inquiétants” pour les petits groupes de militants, et notamment ceux qui travaillent dans des États offrant peu de protections légales.

Même si 450 organisations du monde entier ont exprimé leur soutien à Greenpeace dans une lettre ouverte adressée à Energy Transfer, la question de l’avenir du militantisme environnemental se pose. En particulier dans un contexte où la question climatique ne semble plus à l’ordre du jour nulle part, où l’un des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre a confié, pour les quatre prochaines années, les manettes à un négationniste du climat et où des nations choisissent de se réarmer. “Il est difficile de savoir quelle trajectoire le mouvement climatique pourrait prendre à ce stade de l’histoire”, résume Ferdinando Cotugno, dans sa newsletter hebdomadaire Areale.

Le journaliste italien s’est récemment entretenu avec Andreas Malm, qui imaginait naguère, avec son ouvrage Comment saboter un pipeline (La Fabrique éditions), que les militants de la cause climatique pourraient abandonner leur posture non violente et adopter le sabotage d’infrastructures de combustibles fossiles. Une hypothèse qui paraît totalement caduque aujourd’hui. Difficile, même, d’imaginer des manifestations de grande ampleur, comme il a pu y en avoir en 2019, à la grande époque de Fridays for Future, quand des jeunes du monde entier battaient le pavé tous les vendredis. “Ce qu’il nous faut, c’est de la nouveauté, de nouvelles tactiques, de nouveaux discours, de nouveaux leaders et surtout une capacité à proposer une lecture politique des désastres à venir, insiste l’écologiste suédois. Le fatalisme est un mal avec lequel il faut rompre. Ce qu’il nous faut, ce sont des alliances, une articulation avec les autres combats que livre déjà la société, pour les retraites, pour la santé, pour la paix.” Qui l’entendra ?

En bref

Énergies vertes : mieux mais insuffisant

Bien que le déploiement des éoliennes, des véhicules électriques, du solaire et des pompes à chaleur ait permis d’“économiser” 2,6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone par an depuis 2019, cela reste insuffisant pour stabiliser, voire réduire les émissions de CO2. D’après le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie, relayé par le journal La Libre Belgique, “la demande mondiale en énergie a augmenté de 2,2 %”, soit “nettement plus vite que la moyenne observée sur la période 2013-2023 (+ 1,3 %)”. En cause : les “températures record”, qui ont fait grimper la demande d’air conditionné, mais aussi l’“électrification” et la “digitalisation”. Pour en savoir plus, c’est ici.

2024, l’année de tous les tristes records

C’est le nombre d’événements climatiques extrêmes recensés par l’Organisation météorologique mondiale dans son rapport annuel. L’année 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée depuis cent soixante-quinze ans, la température moyenne dépassant de plus de 1,5 °C les valeurs préindustrielles. Les catastrophes climatiques ont déplacé “plus de 800 000 personnes”, constate The Guardian qui déplore les “conséquences dévastatrices de la crise climatique”. Pour en savoir plus, c’est ici.

Des bisons contre le CO2

La réimplantation d’espèces animales disparues ou en passe de l’être pourrait-elle permettre de diminuer la quantité de CO2 dans l’atmosphère ? C’est ce dont est persuadé Oswald Schmitz, écologue à l’université Yale. D’après ses estimations, “l’ensemble des populations actuelles de gnous, de loutres de mer, de bœufs musqués, de loups, de requins-tigres, de requins citron et de requins à pointes noires contribue déjà au stockage de 300 millions de tonnes de CO2 par an”, rapporte New Scientist. C’est en compactant les sols, en dispersant les graines ou en broutant que ces animaux contribuent à créer un environnement propice au captage du CO2 de l’air. Cette approche ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique. Pour en savoir plus, c’est ici.


À relire