
Gérard Le Puill
Les journées mondiales à thèmes visant à sensibiliser les consommateurs sur différents sujets sont en augmentation constante. Concernant l’eau, son usage et sa gestion, la journée mondiale existe depuis 1993. Elle pose de nouvelles questions avec le réchauffement climatique en cours qui multiplie les tornades, les tempêtes et les inondations. Mais cette journée mondiale de l’eau du 22 mars a été totalement occultée par nos médias audiovisuels.
Le samedi 22 mars, se déroulerait la journée mondiale de l’eau. Elle fut instituée par l’Organisation Internationale des Nations Unies et proposée dans l’agenda 21 lors du sommet de Rio en 1992, puis adoptée le 22 février 1993 par l’Assemblée générale de l’ONU. Désormais, cette journée sert surtout à justifier les recommandations de l’ONU sur les économies d’eau, sur les conditions d’accès à l’eau potable, reconnu comme un droit fondamental par l’ONU depuis le 28 juillet 2010. Le rapport 2025 des Nations Unies et publié par l’UNESCO sur la mise en valeur des ressources en eau pour le compte d’ONU-Eau indique que « les glaciers du monde entier fondent à un rythme sans précédent et que les eaux de montagne sont souvent les plus exposées et les plus vulnérables aux graves conséquences du climat et de la biodiversité ». Mais « dans de nombreuses régions, les flux d’eau douce dépendent davantage de la fonte saisonnière du manteau neigeux que des glaciers ». Et comme il neige de moins en moins, les conséquences pourraient encore devenir plus graves prochainement.
Il reste donc à voir quelle est l’efficacité de cette journée mondiale de l’eau face aux ravages de la mondialisation de l’économie, fondée sur la course au profit, tandis que se succèdent les catastrophes climatiques sur tous les continents. Depuis le début de ce mois de mars, comme précédemment, les tornades, les tempêtes, les pluies et les inondations ont provoqué de gros dégâts aux Etats-Unis, en Australie, en Afrique, en Argentine, en Asie et en Europe. Mais les médias audiovisuels français n’y ont guère produit d’informations, tant ils étaient focalisés sur la manière de poursuivre la guerre en Ukraine.
Vendre des adolescentes pour payer la facture des inondations !
Le Pakistan comptait 247,5 millions d’habitants en 2023. Suite aux inondations catastrophiques de l’automne 2024, beaucoup de paysans et d’autres professionnels de ce pays ont perdu tous leurs biens et ont souscrit des emprunts pour tenter de faire repartir leur activité économique. Sur France Info, le mercredi 12 mars entre 6 et 7 heures du matin, un reportage documenté par de multiples témoignages montrait comment des milliers d’adolescentes, voire des préadolescentes, ont été mariées, contre une somme d’argent et contre leur gré, sur décision de leurs parents confrontés au manque de moyens pour rembourser leurs emprunts.
En France, au cours de la décennie 2010-2019, 58% de l’eau qui tombe du ciel était directement consommée par la production agricole et les forêts. 26% de l’eau provenant des nappes phréatiques, des sources, des puits et des rivières servait à produire de l’eau potable. En 2020, selon l’Institut National de la Recherche Agronomique et Environnementale (INRAE) 6,8% des terres agricoles produisaient des cultures bénéficiant d’un système d’irrigation. De manière plus détaillée 34% des superficies consacrées au maïs étaient irriguées. S’y ajoutaient près de 40% des superficies de pommes de terre et de soja, la moitié des surfaces de vergers et plus de 60% des surfaces de légumes comme les salades, les choux, les tomates et quelques autres. Faute d’irrigation, la France devrait accroître sensiblement ses importations de fruits et légumes alors que le déficit commercial de nos échanges dans ces deux filières atteignait 5,5 milliards d’euros en 2023.
Promouvoir l’agro-écologie pour réduire l’usage agricole de l’eau
En France, toujours selon l’INRAE, « tous les secteurs géographiques n’ont naturellement pas la même sensibilité aux sécheresses. Ainsi, dans une large bande allant de la Lorraine au Poitou, les sols de type argilo-calcaire sont caillouteux et peu profonds; ils retiennent également moins l’eau, ce qui les rend plus sensibles aux sécheresses fréquentes sur les plateaux. Ce sont les «zones intermédiaires », considérées comme des espaces agricoles à faible potentiel productif ».
L’INRAE rappelle que « l’eau est indispensable à la production agricole (croissance des cultures, abreuvement des animaux). L’irrigation permet de sécuriser la production agricole en cas de manque d’eau de pluie ». Mais « pour faire face au manque d’eau, une reconception du modèle et des pratiques agricoles est nécessaire. L’agro-écologie regroupe plusieurs pratiques pouvant être mises en place pour tendre vers une agriculture moins gourmande en eau, notamment en visant à capter et conserver au maximum l’eau dans les sols. Le paillage des sols, les apports de matières organiques au sol, la limitation du travail du sol, la diversification des cultures, l’agroforesterie et la mise en place de haies, la restauration des zones humides en sont les principaux éléments. La sélection variétale des cultures moins gourmandes en eau complètera en amont les changements de pratiques », indique l’INRAE.
L’agriculture ne sera pas le seul secteur à devoir économiser l’eau en France dans les prochaines décennies. Alors que les différentes régions du pays se sont couvertes de zones pavillonnaires qui ont beaucoup réduit la surface agricole utile, peu de maisons individuelles disposent aujourd’hui d’une citerne pour stocker l’eau de pluie qui tombe sur le toit afin de la réserver pour des usages comme l’arrosage de la pelouse, voire du potager, lequel est de moins en moins cultivé par les propriétaires de maisons disposant d’un terrain. En ville, il est également possible de récupérer une partie de l’eau qui tombe sur les toits des bâtiments communaux pour certains usages comme le nettoyage hebdomadaire des rues par des camions citernes qui sont presque toujours approvisionnés en potable.
Pour que la journée mondiale de l’eau gagne en efficacité, il lui faudrait donc qu’elle soit davantage tournée qu’elle ne l’est actuellement sur les décisions à prendre par tout un chacun afin d’économiser la ressource.
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