Mort de Max Lesnik, l’homme des deux Havanes

Tribune

Max Lesnik, journaliste et figure influente de l’histoire de l’exil cubain est mort le 8 mars 2025 à l’âge de 94 ans. Salim Lamrani, historien spécialiste de l’Amérique latine et auteur, lui rend hommage dans cette tribune.

Max Lesnik Menéndez, journaliste et figure influente de l’histoire de l’exil cubain, est né en 1930 à Vueltas, une petite ville de Cuba. Fils d’un Juif polonais ayant fui les persécutions antisémites et d’une mère cubaine, il s’engage très tôt dans le militantisme politique. À 15 ans, il rejoint le Parti orthodoxe, un mouvement dirigé par Eduardo Chibás et consacré à la lutte contre la corruption gouvernementale. Dans les années 1950, il devient secrétaire national des Jeunesses orthodoxes, acquérant ainsi une notoriété sur la scène politique cubaine.

À l’université de La Havane, Max Lesnik rencontre Fidel Castro, avec qui il partage les idéaux du Parti orthodoxe. Leur amitié se renforce dans un climat d’effervescence politique marqué par la lutte des étudiants contre la corruption et la violence. Il participe à la création du « Comité du 30 septembre contre le gangstérisme », où Fidel Castro, malgré les menaces de mort, dénonce publiquement les fonctionnaires corrompus.

Sous la dictature de Fulgencio Batista, Max Lesnik rejoint le Deuxième Front de l’Escambray, dirigé par Eloy Gutiérrez Menoyo, où il se consacre à la propagande et à la mobilisation politique. Après le triomphe de la révolution cubaine, le 1er janvier 1959, il devient le premier dirigeant révolutionnaire à s’exprimer à la télévision cubaine. Toutefois, malgré son soutien initial au nouveau gouvernement, il exprime rapidement ses divergences face à l’influence croissante des communistes et à l’alliance avec l’Union soviétique. Il défend alors une souveraineté cubaine totale, affranchie de toute dépendance, que ce soit vis-à-vis de Washington ou de Moscou.

En 1961, en raison de sa position critique au sein du processus révolutionnaire, Max Lesnik s’exile aux États-Unis. En apprenant la nouvelle, Fidel Castro tente de le convaincre de revenir à Cuba par l’intermédiaire de leur ami commun Alfredo Guevara, mais en vain. Contrairement à de nombreux exilés cubains, il refuse toutefois de s’associer aux secteurs les plus réactionnaires et de recevoir le soutien de la CIA. Lors de l’invasion de la baie des Cochons, il dénonce publiquement l’intervention étasunienne dans son émission de radio, ce qui lui vaut des menaces ainsi que l’attaque de son studio par des extrémistes de Miami.

Au milieu des années 1960, il fonde le journal Réplica, qui devient par la suite un magazine influent tiré à 100 000 exemplaires. Dans ses pages, il prône le dialogue entre Cuba et la communauté des exilés, une position qui lui vaut l’inimitié des groupes radicaux anticastristes. Au total, entre 1979 et 1990, il est victime de onze attentats à la bombe, ce qui l’oblige finalement à fermer son magazine suite la pression exercée sur ses sponsors publicitaires.

À la fin des années 1970, Max Lesnik joue un rôle clé dans l’établissement d’un dialogue entre la communauté cubaine des États-Unis et le gouvernement de La Havane. En 1978, après 17 ans, il retourne à Cuba et retrouve son vieil ami de l’université, Fidel Castro. Il joue également un rôle important dans le rapprochement entre l’Église catholique et le gouvernement cubain, contribuant ainsi à la visite historique du pape Jean-Paul II en 1998.

Malgré l’hostilité de certains milieux à Miami, Max Lesnik n’a jamais cessé de défendre sa vision d’une réconciliation entre les Cubains de l’île et ceux de l’exil. Sa vie a été marquée par une lutte constante contre les sanctions économiques étasuniennes et pour le droit souverain de son peuple à décider de son propre destin.

Max Lesnik, surnommé « l’homme aux deux Havanes », s’est éteint le 8 mars 2025 à l’âge de 94 ans. Tout au long de sa vie, il a témoigné d’un engagement inébranlable en faveur de la liberté de pensée et de la recherche d’une solution pacifique et souveraine pour son pays.

Dernier ouvrage : Au nom de Cuba (L’Harmattan)

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