La chronique féministe de Violaine de Filippis Abate

Julien Bayou, éthique et politique

Publié le 25 février 2025

« J’attends de recevoir le dossier pour étudier avec mon avocate la possibilité de me constituer partie civile », a déclaré l’activiste Anaïs Leleux. Une prise de parole qui vient en réaction au classement sans suite, au motif d’absence d’infraction, de la plainte qu’elle avait déposée contre son ex-compagnon Julien Bayou, l’accusant de faits de harcèlement moral et d’abus de faiblesse.

Lorsqu’un homme est mis en examen ou parfois condamné pour violences, on précise systématiquement – et à juste titre – qu’il dispose de droits lui permettant de contester ces décisions. En revanche, quand une affaire est classée sans suite, la narration change. « Clap de fin », estime le Figaro, comme si la plaignante se retrouvait dépossédée de toute possibilité de recours.

Or, il faut le rappeler : Anaïs Leleux conserve notamment le droit de se constituer partie civile devant un juge d’instruction afin de solliciter la réouverture d’une enquête. Une option qui, bien qu’inscrite dans notre législation, est souvent oubliée au sein de l’espace médiatique, où le mot « classement » bénéficie aux hommes.

Au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire soulève une autre question essentielle : celle de l’exemplarité de nos politiques. Car si tout ne relève pas du droit pénal, la fonction de représentant du peuple n’implique-t-elle pas un devoir d’exemplarité qu’on n’attend pas des autres citoyens ? De nos jours, cette exigence semble certes bien effacée. Dans la classe politique, on ne compte plus ceux qui déclament de beaux principes sans jamais se les appliquer à eux-mêmes… !

Pourtant, si on choisit une carrière d’élu, il paraît légitime de rendre des comptes sur des comportements qui, bien que légaux, trahissent le mépris des valeurs ayant motivé le vote des électrices et électeurs. Aussi, être élu et se dire en faveur des droits des femmes induit nécessairement d’accepter d’être questionné sur sa vie privée.

Or, le média Reporterre pointait en 2022 – entre autres – qu’une ex-compagne de Julien Bayou aurait contracté un papillomavirus, conséquence du fait qu’il aurait entretenu simultanément des relations avec cinq à dix autres personnes, sans forcément se protéger ni les informer. Un comportement irresponsable qui, s’il ne relève pas automatiquement de la justice, interroge sur le respect des femmes.

En définitive, la question dépasse largement le cas de Bayou. Il ne s’agit pas ici de moraliser la vie privée de tout un chacun, mais de pointer la dissonance des élus entre discours et actes. Peut-on prétendre défendre les droits des femmes tout en les méprisant au cœur de la vie privée ? Tant que ces contradictions ne seront pas interrogées, la confiance dans les engagements affichés par nos dirigeants restera fragile, et le féminisme opportuniste continuera de prospérer.

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