Naufrage dans la Manche : « Ils nous ont traités comme des animaux »

Un des deux seuls survivants du naufrage ayant tué plus de 27 personnes aux larges des côtes britanniques, en novembre 2021, Issa Mohamed Omar, a livré, ce mardi 4 mars, son témoignage sur cette tragédie devant une commission d’enquête londonienne.

Il en est « certain à 100 % », le compte n’y est pas. Pour Issa Mohamed Omar, un des deux seuls survivants du naufrage survenu dans la Manche dans la nuit du 23 au 24 novembre 2021, « le bateau était très chargé » et « des enfants (disparus) n’ont pas été comptés ».

Le Somalien de 31 ans a été entendu pendant plusieurs heures, mardi 4 mars, par les membres de la Commission indépendante en charge de l’enquête publique, dont les auditions ont commencé la veille, à Londres. Elle doit se concentrer sur le rôle des autorités britanniques dans ce drame qui a coûté la vie à 27 personnes, au minimum.

Être « la voix » des exilés décédés

Issa Mohamed Omar à d’abord fait le récit de son parcours d’exil, commencé en 2006, après la mort de son père, dans la guerre civile qui ensanglante son pays à cette période. Il raconte sa fuite au Yémen, avec sa mère, ses sœurs et frères. La séparation avec sa famille pour être enrôlé de force dans un groupe armé qu’il refuse de servir. Son enfermement, les bombardements…

Et toutes les violences subies encore par la suite. Mais s’il accepte de comparaître, par vidéo interposée, devant les responsables de cette enquête publique britannique, c’est d’abord pour être « la voix » des exilés décédés dans cette nuit tragique de 2021, affirme-t-il, se disant en quête de « Justice ».

Il se souvient du navire des garde-côtes français qui a « suivi » pendant près d’une heure trente le bateau sur lequel il se trouvait – avec ses compagnons d’infortune, pour la plupart originaire du Kurdistan irakien -, sans prendre contact avec eux.

Des cris et des pleurs

Leur embarcation a commencé à se remplir d’eau, un peu plus tard, « aux alentours de 2 heures », se souvient Issa Mohamed Omar. 14 adultes étaient alors installés sur chaque bord du bateau. Les familles avec enfants se trouvaient au milieu. Il évoque les cris de ces derniers dans l’obscurité et l’appel d’une femme pleurant en disant « adieu » à son mari.

Issa Mohamed Omar, insiste aussi sur les appels à l’aide lancé à l’attention des secours britanniques, après que les passeurs aient indiqué aux exilés en détresse qu’ils se trouvaient à moins de deux miles marins du rivage anglais de Douvres. « La plupart du temps, personne ne répondait », raconte-t-il, affirmant que lors d’un dernier appel, leur interlocuteur britannique leur a néanmoins donné un numéro de téléphone portable pour envoyer leur localisation par WhatsApp.

Les secours nous ont « traités comme des animaux »

Puis c’est le naufrage, fatal. « Plusieurs personnes se sont noyées très rapidement une fois que nous avons chaviré », retrace le survivant. À l’aube, selon lui, seuls une dizaine d’exilés restaient encore en vie. Accroché à des bouts de l’embarcation, pendant plus de dix heures dans l’eau glacée de la Manche, le trentenaire a eu la chance d’être repéré par des pêcheurs français et conduit à l’hôpital, en France. Il n’a retrouvé l’usage de ses jambes que 4 mois plus tard.

Cette nuit-là, les secours nous ont « traités comme des animaux, dénonce le rescapé. S’ils étaient arrivés rapidement, la moitié (d’entre nous) seraient encore en vie aujourd’hui. (…) Nous avons été considérés comme des réfugiés, c’est la raison pour laquelle je crois que les secours ne sont pas venus. »

En France, sept militaires et onze passeurs ont été mis en examen dans le cadre de la procédure pénale toujours en cours parallèlement à l’enquête britannique.

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