Trois ans après le scandale Orpéa, le gouvernement a publié les résultats du vaste plan de contrôle des EHPAD lancé en 2022. Si les chiffres montrent une surveillance renforcée du secteur, les professionnels et les familles restent en attente de mesures structurelles pour garantir une prise en charge digne et pérenne des personnes âgées.

© Marta NASCIMENTO/REA
Depuis que le scandale ORPEA a ébranlé le secteur des résidences pour personnes âgées il y a trois ans, le gouvernement se veut rassurant quant à la sécurité de ces établissements. Le ministère de l’Autonomie et du Handicap annonce que 96 % des 7 500 EHPAD ont été inspectés ou contrôlés.
Parmi eux, 11 % ont été jugés en situation dégradée, aboutissant à 55 sanctions administratives, dont certaines fermetures. La ministre Charlotte Parmentier-Lecocq met également en avant le recouvrement de 55,8 millions d’euros de financements indûment perçus par Orpéa. Cependant, au-delà des sanctions, les inspections ont révélé que dans 70 % des établissements, des améliorations étaient nécessaires.
Manque de personnel
Derrière ces chiffres, la réalité quotidienne des EHPAD et de l’aide à domicile reste alarmante. Le principal problème, mis en avant par les professionnels et les familles, concerne le manque de personnel et la dégradation continue des conditions de travail. Faute de moyens, le temps passé auprès des résidents reste insuffisant, ce qui nuit gravement à la qualité de l’accompagnement.
De plus, les départements, qui financent une partie des services d’aide à domicile et des établissements, se désengagent progressivement, refusant d’agréer certaines revalorisations salariales et limitant leurs financements, pourtant insuffisants face à l’inflation. En conséquence, les effectifs diminuent dans le public et l’associatif, et certaines structures sont contraintes de cesser leur activité.
L’État ne propose à ce jour aucune solution permettant d’augmenter significativement le nombre de professionnels dans le secteur et d’améliorer les conditions de travail. Pourtant, l’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA) et d’autres acteurs du secteur rappellent qu’il existe des solutions.
La mise en place d’un ratio minimal de personnel, fixé à huit professionnels pour dix résidents dans le Plan Solidarité Grand Âge de 2007, est une mesure attendue depuis dix-huit ans. De même, la transformation des EHPAD en véritables lieux de vie, permettant aux personnes âgées d’y être accompagnées dans des conditions plus proches de celles du domicile, est une nécessité.
Des financements publics insuffisants
Enfin, l’augmentation des financements publics reste essentielle pour revaloriser les salaires et améliorer les conditions de travail des professionnels. La révélation du livre Les Fossoyeurs, qui avait mis en lumière en 2022 les dérives de certaines grandes chaînes d’EHPAD privés, posait déjà la question de la responsabilité de l’État.
Si des contrôles ont bien eu lieu depuis et que quelques établissements ont été sanctionnés, aucune réforme de fond n’a permis d’améliorer réellement le quotidien des résidents et des professionnels. L’absence d’une loi ambitieuse sur l’autonomie et le grand âge maintient le secteur dans une situation préoccupante, et ce, alors même que les coûts payés par les personnes âgées et leurs familles vont continuer d’augmenter.
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