Attendons pour voir…
Nabil El Bousaadi
Incarcéré dans l’île-prison d’Imrali, au large d’Istanbul, après avoir été arrêté, au Kenya, le 15 Février 1999, Abdallah Öcalan, le fondateur du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’il dirige depuis 1978, a fait lire, ce jeudi 27 Février, par une délégation de députés kurdes, une déclaration par laquelle il appelle à la dissolution de son organisation et demande aux différentes unités constituées de milliers de combattants et disséminées dans les montagnes de l’Irak et du nord de la Syrie, de déposer les armes.
Or, même si c’est par l’intermédiaire de Devlet Bahçeli, son allié nationaliste du MHP, que ce processus qui vise à sortir le dirigeant du PKK de son isolement, après 26 ans d’incarcération, a été initié par le gouvernement d’Ankara, une remise en liberté du fondateur du PKK reste peu probable eu égard aux multiples menaces de vengeance qui pèsent sur lui.
Il convient de signaler, également, qu’après avoir rencontré le dirigeant du PKK, à trois reprises, Tuncer Bakirhan, le vice-président du DEM, a tenu à préciser que ce dernier « ne veut pas seulement que les Kurdes soient libres de parler leur langue, mais que toute expression démocratique soit possible » dans le pays.
Pour l’histoire, rappelons qu’après avoir été exilé, en Syrie en 1984, Abdallah Öcalan avait été sommé, par les autorités de Damas, de quitter le pays en 1998 avant d’être arrêté l’année suivante au Kenya d’où il sera transféré vers la Turquie et condamné à mort pour « terrorisme ».
Mais, c’est non seulement à un arrêt des combats qu’appelle aujourd’hui Abdallah Öcalan, désormais âgé de 75 ans et qui reste le visage incontournable de la cause kurde en Turquie, mais plutôt à la fin de cette guérilla qui aura duré plus de quarante années et fait plus de 40.000 morts ; ce qui, en ouvrant la voie vers la paix avec Ankara, pourrait avoir des conséquences politiques et sécuritaires considérables pour l’ensemble de la région.
Fort attendu depuis plusieurs semaines, le message du dirigeant kurde a été lu, en kurde puis en turc, dans une salle archipleine d’un hôtel d’Istanbul, sous une grande photo d’Abdallah Öcalan prise le jour-même et le montrant les cheveux gris, et devant un parterre de journalistes et une foule nombreuse constituée de ces fameuses « mères du samedi », ces femmes kurdes qui ont coutume de manifester, chaque samedi, pour dénoncer la disparition de leurs proches après leur arrestation par les autorités turques.
Or, bien que pour le Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies, Antonio Guterres, l’appel du fondateur du PKK constitue « une lueur d’espoir », en misant sur « le statut d’Öcalan en tant que chef spirituel du mouvement » pour saluer « un changement sismique non seulement pour la Turquie mais pour la région », Hamish Kinnear, analyste pour « Verisk Maplecroft », estime qu’il y aurait, néanmoins, « une différence majeure entre l’appel à la paix d’Öcalan et sa concrétisation ». Alors, attendons pour voir…
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