Maroc-Parlement européen : Quelle configuration après le raz-de-marée souverainiste ? [INTÉGRAL]

Le dialogue est quasi rompu entre le Maroc et le Parlement européen depuis plus d’un an. La recomposition de l’hémicycle de Strasbourg pourrait-elle changer la donne ? Décryptage. Partout en Europe, les plateaux de télévision des chaînes d’information continue s'enflamment en décortiquant des résultats des élections européennes qui viennent de livrer leur bilan.  Contrairement aux élections précédentes, le scrutin européen a ébranlé le Vieux continent où l'establishment européiste a été déstabilisé par la percée de la droite souverainiste. Du Portugal, en passant par la France et l’Allemagne, jusqu’en Pologne, les partis souverainistes, dits eurosceptiques, ont progressé à tel point que la vague nationaliste paraît sans limites. En France, le Rassemblement national réalise un nouveau triomphe électoral, après la victoire de la liste conduite par Jordan Bardella qui a récolté 31% des suffrages. Le choc est tel à Paris que le président Emmanuel Macron s’est

Maroc-Parlement européen : Quelle configuration après le raz-de-marée souverainiste ? [INTÉGRAL]
   lopinion.ma
Le dialogue est quasi rompu entre le Maroc et le Parlement européen depuis plus d’un an. La recomposition de l’hémicycle de Strasbourg pourrait-elle changer la donne ? Décryptage. Partout en Europe, les plateaux de télévision des chaînes d’information continue s'enflamment en décortiquant des résultats des élections européennes qui viennent de livrer leur bilan.  Contrairement aux élections précédentes, le scrutin européen a ébranlé le Vieux continent où l'establishment européiste a été déstabilisé par la percée de la droite souverainiste. Du Portugal, en passant par la France et l’Allemagne, jusqu’en Pologne, les partis souverainistes, dits eurosceptiques, ont progressé à tel point que la vague nationaliste paraît sans limites. En France, le Rassemblement national réalise un nouveau triomphe électoral, après la victoire de la liste conduite par Jordan Bardella qui a récolté 31% des suffrages. Le choc est tel à Paris que le président Emmanuel Macron s’est vu contraint de dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer les législatives anticipées au risque d’une cohabitation avec un gouvernement Le Pen si le parti présidentiel subit une nouvelle débâcle électorale.   Le coup de force des souverainistes   Les nationalistes ont eu un butin électoral assez grandiose en s’emparant de près du quart de l’hémicycle européen. Les groupes Identité et démocratie et les conservateurs et réformistes européens, où siègent les formations d’extrême droite, ont eu respectivement 58 et 73 eurodéputés, soit 9 et 6 élus de plus qu’en 2019. Cela est dû au triomphe du RN en France et aux progrès de l’AFD (Alternative pour l’Allemagne) qui a devancé les socio-démocrates du chancelier Olaf Scholz, pour se positionner deuxième derrière les conservateurs avec 16%. Idem en Italie où le parti de Giorgia Meloni (Frères d’Italie) est arrivé en tête avec 28,8% des voix, ce qui lui a permis de gagner 24 sièges, dont 14 supplémentaires. Toutefois, la vague souverainiste s’est écrasée en Espagne où VOX a fait piètre performance par rapport à ses adversaires avec un score de 9,6%.   Chute des libéraux et des écologistes, le PPE en bonne posture   La rafle de l’extrême droite a eu lieu au détriment des libéraux et des écologistes qui ont visiblement reculé. Le groupe Renew où siègent les eurodéputés du parti d’Emmanuel Macron a perdu 23 sièges tout en restant la troisième force au Parlement européen avec 79 eurodéputés. Les Verts, qui semblent payer le prix de leur engouement pour l’écologie punitive, ont subi une claque tout aussi sévère avec 20 sièges perdus. Pour sa part, le bloc conservateur de la droite chrétienne démocrate, où siègent les LR français et les chrétiens-démocrates allemands du CDU/CSU, tient bon en consolidant son statut de première force politique européenne avec un contingent de 184 eurodéputés. “On assiste à la relative stabilité du PPE et de l’alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), c’est à dire les deux principaux groupes au Parlement européen, qui représentent les familles politiques européennes traditionnelles que sont la droite et la gauche”, fait remarquer  Abdessalam Jaldi, chercheur au Policy Center for the New South, soulignant que le PPE conserve sa première place avec 13 sièges supplémentaires, soit l’augmentation la plus forte parmi tous les groupes politiques. Il en est de même pour l'alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), qui reste la deuxième force du Parlement, bien qu’en légère baisse, en passant de 139 à 135 élus, poursuit notre interlocuteur.   La reconfiguration de l’hémicycle européen est suivie de près au Maroc où les observateurs s’interrogent sur les conséquences du scrutin du 9 juin sur les relations avec notre pays qui n’entretient quasiment plus aucun lien avec le Parlement strasbourgeois depuis l’adoption de la Résolution sur la liberté de la presse, perçue comme une ingérence dans les affaires internes du Royaume. Même la commission parlementaire mixte Maroc-UE ne fonctionne quasiment plus depuis que le Parlement marocain a gelé ses relations avec le Parlement européen, il n’y a plus de contact entre les eurodéputés et leurs homologues marocains, lâche une source parlementaire.   Les alliés du Maroc renforcés   Maintenant, le renforcement du Parti Populaire est jugé positif pour autant qu’il s’agit d’un allié historique du Maroc au sein du Parlement européen, selon le Conseiller istiqlalien et président de la Commission mixte Maroc-UE, Lahcen Haddad, qui rappelle que « le PPE a des liens étroits avec l’Istiqlal et le RNI. Pour sa part, la montée de la droite souverainiste ne doit pas être vue d’un œil inquiet au Maroc », observe-t-il, rappelant que l’unique parti d’extrême droite le moins amène à l’égard du Royaume est VOX, mais, poursuit-t-il, cela est dû à des raisons de politique intérieure en Espagne plutôt qu’à la question du Sahara. Le parlementaire istiqlalien, qui connaît bien le Parlement de Strasbourg, estime que les partis dits nationalistes sont favorables aux intérêts du Maroc et à son intégrité territoriale, contrairement à la gauche, que ce soit les socialistes, les Verts ou les radicaux.   Nombreux sont les eurodéputés de la mouvance nationaliste qui affichent un discours conciliant à l’égard du Royaume à l’image des élus du RN, dont Thierry Marianni, qui se sont distingués par leur vive opposition  à la Résolution du 19 janvier 2023, contre laquelle il a voté aux côtés de 32 eurodéputés. En France, l’intérêt que porte la droite patriotique se manifeste dans le discours de la présidente du RN, Marine Le Pen, qui a déploré la crise franco-marocaine et dénoncé le tropisme algérien d’Emmanuel Macron. En Italie, les relations avec le gouvernement de Giorgia Meloni sont plutôt bonnes, elle qui devrait bientôt visiter le Royaume sur invitation du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch.    En quête d’une meilleure relation avec les socialistes   En plus, le Maroc compte quelques alliés au sein des socialistes, notamment ceux d’Espagne qui votent souvent en faveur des intérêts marocains depuis la réconciliation entre Rabat et Madrid. Force est de rappeler que les eurodéputés du PSOE ont voté contre la Résolution du 19 janvier 2023. Aujourd’hui, tout dépend des futures coalitions au sein du Parlement européen et de la composition des groupes thématiques pour avoir une idée plus claire sur les alliés potentiels du Royaume. Le maintien ou non de l’Intergroupe pro-Polisario et sa composition seraient très instructifs à cet égard. Mais, ce qui est sûr pour l’instant, c’est que la gauche radicale et les écologistes, d’où émanaient souvent les coups tordus contre l’intégrité territoriale du Royaume, se sont affaiblis.   Anass MACHLOUKH Trois questions à Abdessalam Jaldi « Le PPE compte historiquement le plus grand nombre de représentants au Parlement européen » Quel sera le poids de la droite souverainiste au Parlement européen ?   Il est évident que nous assistons au renforcement des deux groupes d’extrême droite. Du côté des Conservateurs et réformistes européens (CRE), parti de la Première ministre italienne Giorgia Meloni récemment rejoint par le parti Reconquête d’Eric Zemmour, la tendance est à la stabilité. Trois élus viendraient grossir le contingent eurosceptique, portant son nombre de parlementaires à 72, contre 69 à la fin de la mandature 2019-2024. Les nationalistes d’Identité et démocratie (ID), qui comptent dans leurs rangs les élus du Rassemblement national (RN) ou les Italiens de la Lega, qui glaneraient 9 sièges supplémentaires, ce qui leur permettrait de passer de 49 à 58 eurodéputés.  L’extrême droite s’est renforcée également par l’évolution du groupe des non-inscrits et des nouveaux élus dont l’affiliation politique n’est pas encore déterminée. Tous ne sont pas forcément proches idéologiquement de l’extrême droite, mais on retrouve notamment dans ce contingent les 16 élus nationalistes allemands de l’AfD (récemment exclus du groupe ID), ou la dizaine d’eurodéputés du Fidesz, le parti au pouvoir en Hongrie.   A quel point la nouvelle reconfiguration va-t-elle restructurer les alliances ?   L’organisation des groupes politiques au sein du Parlement européen est spécifique. Plutôt que de se référer uniquement aux intérêts nationaux, les députés européens sont invités à se regrouper dans des formations plurinationales ayant des visions communes. Pour former un groupe politique, il faut au minimum 23 députés européens originaires d’au moins 7 Etats membres de l’UE (un quart des Etats membres). Les eurodéputés peuvent décider de former un nouveau groupe ou d’en changer à tout moment pendant la législature.   Quel sera l’impact des coalitions futures sur la composition de la Commission européenne ?   S'agissant de la future Commission européenne, les eurodéputés pourraient approuver le ou la candidate dès le 18 juillet, à condition que la majorité des chefs d’Etat et de gouvernement trouvent un accord en amont de la session plénière. Les dirigeants européens doivent se réunir à ce sujet lors d’un Conseil européen les 27 et 28 juin. Sinon, l’incertitude persiste quant à l’utilisation du système de “Spitzenkandidat”, candidat chef de file désigné par le parti européen sorti vainqueur du scrutin. Le Parlement européen est favorable à ce système qui, pour l’heure, a été utilisé uniquement lors des élections de 2014. Si les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas tenus de le prendre en compte, les principaux partis européens ont tout de même sélectionné un ou plusieurs candidats pour briguer la tête de l’Exécutif.   Recueillis par Anass MACHLOUKH Espagne : Les socialistes tiennent bon malgré la victoire de la droite La droite espagnole a remporté dimanche les élections européennes dans le pays devant le Parti socialiste du Premier ministre Pedro Sánchez, lors d'un scrutin marqué par l'irruption d'une nouvelle formation d'extrême droite.   Selon les résultats officiels, le Parti Populaire (PP), principale formation de l'opposition espagnole, a obtenu environ 34% des voix et 22 sièges au Parlement européen contre environ 30% des voix et 20 sièges pour les socialistes.   En 2019, le dernier scrutin européen avait été largement remporté par les socialistes (21 sièges) devant le PP (13 sièges).   La formation d'extrême droite Vox a, elle, amélioré son score de 2019 en obtenant six sièges contre quatre il y a 5 ans et 9,62% des voix contre 6,21%.   Et surprise de ce scrutin, "La fête est finie" (Se acabo la fiesta), une nouvelle formation classée à l'extrême droite et fondée par un youtubeur controversé connu sous le nom d'Alvise Perez, a totalisé environ 4,5% des voix et va faire son entrée au Parlement européen avec 3 députés. Commission européenne : Vers la continuité ? Après l’annonce des résultats des élections européennes, la présidente de la Commission européenne sortante, Ursula Von Der Leyen, a jubilé du score du Parti populaire européen, (PPE), arrivé en tête du scrutin. Elle espère obtenir un nouveau mandat à la tête de l’Exécutif européen avec l’appui du PPE dont elle est vice-présidente. "Nous avons gagné les élections européennes, les amis !", a-t-elle exulté, dimanche soir.   Pour se faire reconduire à la tête de la Commission européenne, Von Der Leyen a besoin de convaincre puisqu’elle n’est pas en terrain conquis, sachant qu’il y a des élus conservateurs qui s’opposent à elle au sein du PPE sur fond de divergence sur la politique à l’égard de l’Ukraine…   La présidente de la Commission doit absolument avoir l’aval du Conseil européen, qui regroupe les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 Etats membres et qui tranche sur la nomination des dirigeants des principales institutions de l'Union Européenne.  Selon l’AFP, et suivant une règle non écrite, le vainqueur des élections européennes peut revendiquer la présidence de la Commission européenne. Jusqu’à présent, Von Der Leyen garde ses chances vu que douze des 27 membres du Conseil européen sont membres du PPE.  Une fois que le candidat aura le feu vert du Conseil européen, il devrait ensuite obtenir l’investiture du Parlement européen, ce qui demeure le principal challenge.  Rappelons que le vote des 720 eurodéputés devrait avoir lieu lors de la session plénière prévue du 16 au 19 juillet, ou en septembre si le Parlement choisit de reporter sa décision.